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« Fêtés à Onesse avec distinction et émotion…, Article paru dans la revue Vénerie en juin 2006 La vènerie appartient au « temps long », comme dit Monique Pinçon-Charlot. C’est égal : cinquante ans, à l’échelle de la vie d’un homme, c’est un bail ! C’est celui que vient d’accomplir Alain de Rouälle avec le Rallye Ardillières. Son père, quand il eut un peu plus de trente ans, lui donna 25 jeunes Noir et Blanc issus de l’élevage de son prestigieux équipage de cerf afin de chasser le chevreuil. L’aventure était partie. Elle ne s’est jamais arrêtée. Il chasse d’abord vingt saisons en forêt de Montargis où l’équipage approche, sur tous les plans, la perfection. Puis fait cinq saisons de transition partagées entre la Nièvre et les Landes. En 1980, l’équipage s’installe définitivement dans les Landes à Onesse, port d’attache de la famille Rivoyre à laquelle appartient sa femme. Voilà donc 25 ans que le Rallye Ardillières, né dans le contexte brillant de la vènerie « parisienne » d’après-guerre, s’est converti à la vie discrète de cette contrée incroyable. Une immensité couverte de pins de tous les âges et de toutes les tailles, où l’homme se fait presque aussi rare qu’au désert. Contexte plus austère, mais parfaitement authentique et fascinant, dont un veneur peut devenir amoureux sans effort ! C’est donc les 50 ans de vènerie du chevreuil d’Alain de Rouälle que l’équipage, aujourd’hui animé par ses fils Pierre et Marc, a voulu fêter. Ce fut une jolie fête. Avec élégance mais sans emphase, avec beaucoup de cœur mais aussi avec esprit, la journée du samedi 4 mars 2006 – presque épargnée par un ciel pourtant grincheux- fut pour tous un régal.Commencée comme il se doit à l’église d’Onesse, elle nous permit tout d’abord d’entendre une messe de Saint Hubert de grande tenue. On fut certes séduit par la qualité des trompes du Rallye des Deux Etangs, proche de l’équipage, mais on fut aussi et surtout impressionné par le prêche du curé de la paroisse. Comme s’il passait sa vie à la chasse, ce curé de campagne sut analyser, avec une étonnante rigueur dans les idées et les termes employés, la motivation profonde du chasseur, la parenté de chaque instant entre la chasse et la vie, et le lien entre la quête du chasseur et la quête de Dieu. Les veneurs présents, pourtant familiers des messes de Saint Hubert, s’accordèrent pour considérer qu’ils n’avaient jamais été conviés à contempler une vision spirituelle aussi frappante. On prit ensuite le chemin de Menaout, où Pierre a installé il y a quelques années, le chenil de l’équipage. Là, une vaste clairière, à l’écart de tout, est le siège d’une fort belle maison ancienne, entourée de bâtiments qui abritent tout ce qu’il faut pour chasser à courre (chiens, chevaux, logement du piqueux, etc…). A soi seul, cet endroit, aménagé dans le strict respect du style du pays, mérite le détour – comme on dit dans les guides. On fit une ripaille rustique en plein air dans le genre que préconisait du Fouilloux. Les maîtres, le piqueux la Rosée, les boutons, les suiveurs, les riverains, les invités – dont une vingtaine de maîtres d’équipage venus de diverses latitudes avec leur tenue – faisaient honneur aux terrines et aux saucisses accompagnées de bon pain et arrosées de bon vin. On fut ensuite invité à voir et entendre, avant le départ pour la chasse, une sorte d’impromptu. Du haut de leur dizaine d’années, Alice et Nicolas (les enfants de Pierre) récitèrent à tour de rôle avec drôlerie, tendresse et impertinence, les strophes en vers de mirliton d’une ode dédiée à la carrière de veneur de leur grand-père. La fin de chacune était ponctuée par la sonnerie d’une fanfare. Le héros du jour finit par avouer que « ces deux petits vauriens avaient réussi à lui faire verser une larme ». C’était bien le moins qu’il put faire ! Texte Lu par Alice et Nicolas de Roüalle et sonné par le Rallye des 2 Etangs
Et puis on partit pour la chasse, Alain emmenant les noir et blanc avec la Rosée. Suivaient, Pierre et Marc, puis 70 cavaliers de toutes couleurs : l’endroit n’en avait certainement jamais vu autant. Beaucoup de voitures également – mais, dans ce pays, peu ou pas percé du tout, les suiveurs eurent vite fait d’être égarés et ainsi ne perturbèrent ils pas la chasse ! Celle-ci fut animée. On fit du chemin pendant plusieurs heures. Vint un relancer du tonnerre dans un marais en bordure d’Onesse. On crut que c’était l’annonce de la prise. Mais non ! Une nouvelle ruse malencontreusement arrosée par une averse généreuse devait conduire toute la troupe éprouvée par plus de 5 heures de chasse, à rentrer au chenil. On alla revêtir une tenue plus sèche et plus appropriée aux soirées, pour se retrouver au dîner à Menaout. Sous une tente, un peu plus de 200 convives venus de toute la Gascogne, emportant dans leur humeur chaleureuse les représentants de la vènerie française du Nord, étaient conviés à partager un banquet cynégétique coloré. On regarda en guise de dessert un film réalisé par Pierre sur les 50 ans de vènerie de son père. Et comme les archives de la famille contiennent de remarquables documents filmés d’autrefois, ce fut un grand moment. Discours, applaudissements, fanfares, émotions, chants, libations… rien ne manquait à ce rendez-vous de l’histoire. C’était l’histoire d’une famille qui ne cesse, depuis 1919, de faire honneur à la vènerie française. Nous revîmes à l’écran le grand père Jean dont le passage, tant en Chantilly-Ermenonville que dans la Nièvre, a laissé un souvenir fort. Nous avions devant nous le père, Alain, perfectionniste et esthète qui nous livra, en guise de message fondamental, qu’on ne peut rien réussir de bon en vènerie sans aimer très profondément ses chiens. Et nous avons aujourd’hui à nos côtés, à la pointe du combat de chaque jour pour le bien de la vènerie, Pierre et son frère, qui garantissent l’avenir du Rallye Ardillières. Saint Hubert, bénissez cette famille ! |